mardi 28 novembre 2017

The Color Out of Space - 2010 - Huan VU


Titre original: Die Farbe

Jonathan DAVIS, un jeune scientifique américain de l’université d'Arkham, se rend en Allemagne. Il recherche son père qui a disparu. Il va rencontrer un autochtone qui va lui raconter une étrange histoire d'une météorite tombée du ciel quelques années auparavant.

LOVECRAFT a toujours été un auteur particulièrement difficile à adapter. Si ses concepts d'"horreur cosmique" ou de "cité bâtie selon une géométrie non euclidienne" sont magnifiques sur le papier, la mise en image peut s'avérer plus laborieuse et donner un infâme navet à l'écran. Parmi tous les écrits du reclus de Providence, La Couleur tombée du Ciel est certainement l'un des moins transposables sur pellicule.

The Color Out of Space est une adaptation allemande où la Nouvelle Angleterre a été remplacée par la Forêt-Noire. A part quelques changements sur l'époque, la trame reste assez fidèle à l'histoire originale. L'univers lovecraftien est respecté, les auteurs ont cherchés à reproduire l'atmosphère des nouvelles et n'ont pas simplement voulu utiliser le panthéon de l'auteur pour faire un film d'épouvante classique. La grande force de cette version vient d'une idée de mise en scène simple et efficace: la quasi-totalité du film est tournée en Noir et Blanc. Les seuls éléments colorisés sont les manifestations de cette entité extra-terrestre (la fameuse Couleur).

Malgré cette excellente idée, The Color Out of Space est un peu décevant. Certes le film respecte l'esprit et les thématiques de LOVECRAFT, mais est assez moyen d'un point de vue purement cinématographique. L'interprétation des acteurs va de de peu convaincante à passable. La mise en scène souffre d'un manque évident de moyens, avec notamment quelques incrustations pour la Couleur particulièrement ignobles à l'écran.

Ce qui est vraiment dommage pour The Color Out of Space, c'est que les auteurs ont eu les bonnes idées pour adapter LOVECRAFT avec une approche intéressante. Malheureusement leur vision s'est heurtée à leurs ressources financières. Le résultat est une bonne adaptation, mais un film assez moyen.












mercredi 22 novembre 2017

La Estanquera de Vallecas - 1987 - Eloy De La IGLESIA

Deux voyous minables attaquent un bureau de tabac. Le braquage tourne mal, les loubards prennent la gérante du magasin et sa fille en otage.

La Estanquera de Vallecas est un des derniers films quinqui. FRANCO est mort depuis plus de dix ans, l'Espagne vient d'intégrer la Communauté Économique Européenne ce qui va apporter une masse d'argent et de fonds qui vont permettre au pays de connaitre une formidable croissance. L'heure n'est plus à l'inquiétude ou au malaise, la démocratie est bien installée et le pays va peu à peu se développer.

Si le film est correct dans sa première partie, il s'embourbe et ennuie profondément le spectateur dans la seconde. Eloy De La IGLESIA n'a plus rien à raconter pour développer son histoire dès que le récit s'est installé. Beaucoup d'évènements sont prévisibles. L.E.D.V est une comédie policière, une sorte de décalque d'Un après-midi de chien. On n'est pas dans un film de siège oppressant ou de l'exploitation bien racoleuse. Pour la défense du film, je l'ai regardé en VO sans sous-titres et certains éléments m'ont échappé. Cependant, je ne suis pas sur d'avoir manqué beaucoup de choses intéressantes. Le film n'est pas mauvais: Eloy De La IGLESIA est un réalisateur est efficace qui sait cadrer, monter et donner du rythme. Le casting est sympathique, on retrouve notamment José Luis MANZANO qui jouait dans Navajeros.

Le problème est que le film est l'adaptation d'une pièce de théâtre qui n'a pas du être suffisamment retravaillé: la scène ou le plateau de tournage sont deux façons totalement différentes de raconter une histoire. Ce que l'on accepte via un mode d'expression, on ne pourra pas l'accepter sous un autre. La Estanquera de Vallecas est l'exemple typique de l'histoire qui n'a pas d'intérêt à être adapté au cinéma: un huis-clos peut fonctionner au théâtre car il justifie le décor unique. Mais au cinéma, il faut travailler la question du point de vue, de la gestion de l'espace ou de la relation avec l'extérieur. Peu importe la façon dont vous la traitez, mais vous ne pouvez pas en faire abstraction. Sinon, autant aller au théâtre.




José Luis MANZANO en mode flingueur: depuis Navajeros, son jeu d'acteur s'est amélioré.

José Luis GOMEZ, actuellement membre de l'Académie Royale Espagnole, qui a beaucoup de mal a manipuler son couteau à cran d’arrêt.



La police espagnole, une institution qui inspire la sympathie.

Emma PENELLA, une carrière d'actrice de plus de cinquante ans, un sens du surjeu assez frappant.

Maribel VERDU, qui tourna plus tard pour DEL TORO ou COPPOLA




samedi 18 novembre 2017

Blutiger Freitag - 1972 - Rolf OLSEN


Titre français: Vendredi Sanguinaire

Munich, 1972.
Heinz est un criminel multi-récidiviste qui est sur le point d'être jugé. Juste avant l'audience de son procès, il s'évade avec l'aide de son complice Luigi. Ce dernier a une petite amie, Heidi dont le frère,Christian, vient de déserter de l'armée. Tous les quatre vont préparer le braquage d'une banque. Sans trop spoiler, les choses vont très mal tourner.

Blutiger Freitag est une coproduction italo-allemande. Le film est une version germanique du poliziottesco italien. Ultra-violence avec quelques scènes bien trash, truand psychopathe, critique sociale sous-jacente, le genre s'est plutôt bien adapté au climat bavarois. Évidemment, certains aspects ont du être revus selon le contexte local, notamment la traditionnelle course-poursuite en Fiat qui doit se faire avec des Volkswagen.

Sans être un chef-d’œuvre, Blutiger Freitag est un très bon krimi. Le film est particulièrement réussi et intéressant dans la description de ces quatre braqueurs. Heinz, le chef, est un véritable psychopathe violent et imprévisible. C'est un colosse qui n'éprouve aucune pitié pour ses comparses dont on comprend qu'il n'hésiterait pas à les sacrifier. A aucun moment on n'éprouve la moindre sympathie pour lui. A l'inverse, Luigi, Heidi et Christian sont des paumés qui se retrouvent embarqués dans une histoire qui les dépasse, presque malgré eux. Luigi est un pauvre immigré italien qui doit se contenter des boulots les plus ingrats et subit le racisme de son patron. Heidi est une simple employée administrative qui déteste son boulot qu'elle juge sans avenir. Quand à Christian, c'est un déserteur qui a fui les brimades et vexations qu'il subissait. Ces quatre personnes n'ont rien à faire ensemble, le braquage ne peut que mal se terminer.

Le film résonne beaucoup avec l'actualité du début des années 70, particulièrement avec la vague de terrorisme d’extrême-gauche que traversait l'Allemagne. Les quatre malfrats essaient de se justifier l'attaque de la banque par la lutte des classes et la redistribution prolétaire (un peu comme certains justifiaient les actions de la Rote Armee Fraktion). Il est cependant clair pour le spectateur que leurs motivations n'ont rien de politique et qu'ils sont avant tout des truands.



Le film est disponible sur différents supports Blu Ray/DVD en Allemagne. Notamment une très belle édition limitée (cf.: ci-dessus). Par contre pour la jaquette, trop de vintage tue le vintage.