dimanche 21 février 2021

De Bruit et de Fureur - 1988 - Jean-Claude BRISSEAU

 


Bruno, un jeune garçon rêveur, doit aller vivre chez sa mère à la mort de sa grand-mère. Scolarisé dans dans CES, il va rencontrer Jean-Roger, la terreur de l'école.

Une vision crue et brutale des grands ensembles de la fin des 80's. On n'est pas encore dans l'époque wesh de La Haine de KASSOVITZ, mais la sympathique banlieue parisienne des loubards à la Renaud est déjà finie, minée par le chômage et l'échec scolaire.
De Bruit et de Fureur montre l'itinéraire de deux gamins qui vont peu à peu sombrer dans la violence et la délinquance. Le film a un côté naturaliste: il filme les grands ensembles de cité et ses habitants sans chercher à les iconiser ou à les magnifier, juste à retranscrire la violente réalité. Bruno, adolescent fragile n'est pas à sa place, il se réfugie dans des visions surréalistes où il rencontre une étrange femme fantomatique: S'agit-il de sa mère qu'on ne voit jamais? Un fantasme? La Mort? 
Face à lui, Jean-Roger qui est le véritable héros du film. Au départ simple adolescent turbulent, il va peu à peu basculer va la délinquance. Formidablement interprété par François NEGRET, c'est l'exemple parfait du petit caïd: il va chercher à faire ses preuves auprès d'une bande du quartier et commettre le pire. Mais le spectateur ne peut cependant réellement le condamner malgré ses actes: élevé et vivant dans un environnement violent, il ne fait que s’adapter et reproduire ce qu'il a toujours connu.
Le film est agréablement surprenant par son absence de point de vue politique: le réalisateur ne fait pas de ses protagonistes les victimes d'une quelconque lutte des classes ou les symboles d'un prolétariat victime de la bourgeoise. Jean-Claude BRISSEAU a été enseignant pendant une dizaine d'années dans plusieurs établissements difficiles. Il sait que le lumpenproletariat qu'il a côtoyé et qu'il filme a depuis longtemps abandonné la lutte politique et que les politiques l'ont également abandonné. Le père de Jean-Roger (joué par Bruno CREMER) a une vague conscience d'anarchiste libertaire, mais cela lui sert surtout à justifier sa vie de voyou et sa violence. BRISSEAU profite de quelques scènes pour montrer la lâcheté de l'administration qui n'hésite à laisser tomber ses enseignants pour ne pas faire de vagues.
 
 













 


 

lundi 15 février 2021

Simple Mortel - 1991 - Pierre JOLIVET

 
Un spécialiste en langues anciennes croit recevoir d'étranges messages lui demandant de faire des actions devant sauver le monde.
 
Simple Mortel est une tentative de SF à la française atypique à défaut d'être totalement convaincante. Il n'y a aucun FX ou trucage, le film se repose uniquement sur sa mise en scène, ses acteurs ou sa musique. Toute l'angoisse provient de la suggestion et le hors-champs. Comme le dit Pierre JOLIVET dans une interview, c'est de la SF à l'ancienne, quasi littéraire: elle va se baser sur les réactions d'un individu face à un phénomène qui le dépasse, sans chercher à montrer. D'un point de vue strictement formel, le film est plutôt réussi. L'acteur principal est convaincant: il  rend compte de la paranoïa qui gagne peu à peu son personnage, sans verser dans le grand-guignol. La photographie est très belle et propre: elle rend parfois une impression d'artificialité, ce qui n'est pas sans rajouter du malaise.
 
Cependant, le résultat n'est pas entièrement réussi: on sent que JOLIVET ne va pas jusqu'au bout de son idée ou ne sait pas quoi en faire. Le refus de verser dans le trop spectaculaire finit par se payer en terme d'efficacité, on n'est pas en présence du Donnie Darko français. Le film reste intéressant tant il détonne dans la production française (voire dans le cinéma de SF tout court), mais il ne faut pas non plus s'attendre à un chef-d’œuvre.





 

dimanche 14 février 2021

Raï - 1995 - Thomas GILOU

 

Dans une cité de banlieue parisienne, l'itinéraire de jeunes.

Au milieu des années 90, un nouveau sous-genre cinématographique est apparu: le film de Wesh. Aux loubards en Perfecto et cheveux longs des années 60 à 80, succédèrent sur les écrans des jeunes aux crânes rasés, en survêtements de marques et souvent issus de l'immigration. Même si le mouvement hip-hop était déjà présent depuis le début des 80's en France (notamment via l'émission H.I.P H.O.P de Sidney) et les Inconnus le caricaturaient déjà dans leurs émissions, ce n'est que vers 1995 que le jeune de banlieue devient un personnage récurrent du cinéma français.

La Haine de Mathieu KASSOVITZ est souvent considéré comme le fer de lance de ce sous-genre. Énorme succès critique et commercial à sa sortie, il a fait de l'ombre à d'autres films sortis au même moment: État des Lieux de Jean-François RICHET, pamphlet à forte connotation politique et Raï de Thomas GILOU (qui réalisera plus tard La Vérité si je mens!). En apparence modeste et sans ambition, c'est peut-être celui des trois films qui a le mieux traversé les années.

Thomas GILOU n'a jamais été un grand artiste, ses films sont réalisés comme des œuvres pour la télévision (à sa décharge, il n'a pas forcément de gros budgets). Cependant, il sait diriger ses acteurs, recréer l'atmosphère d'une communauté et montrer des personnages qui sont tour à tour, attachants, agaçants ou émouvants. GILOU préfère l'authenticité au combat politique et militant. Ce qu'il montre n'a rien d'exceptionnel, il s'agit uniquement de petites histoires qui se sont produites de milliers de fois dans toutes les cités de France. Mais avec le recul, c'est plus crédible et intéressant que le noir et blanc outrageusement spectaculaire de KASSOVITZ.

Raï est également l'occasion de voir les débuts d'un comédien, avant qu'il ne soit victime de ses démons, Samy NACERI dans le rôle d'un toxicomane: il compose un jeune paumé qui finira par s'autodétruire, qui n'est pas sans rappeler le propre destin de l'acteur. On a également le premier et unique rôle normal de l'actrice X Tabatha CASH. Sa présence au casting a fait l'objet de moqueries à la sortie: son personnage est une beurette de cité qui rêve de quitter son milieu et dont le frère cherche à contrôler la virginité. Il est vrai que sa silhouette siliconée peut faire sourire, mais son jeu d'actrice est loin d'être honteux. Son personnage de jeune fille victime de l'oppression familial et cherchant à fuir un destin tracé est certainement le plus intéressant du film. De même, il est logique qu'elle ait été choisie dans le casting: à l'époque, elle incarnait le fantasme ultime du jeune de banlieue par son côté trash et provocateur.

Raï mérite d'être revu car il montre les débuts de l'émergence de la culture banlieue au sein des médias mainstream: même s'il est très moyen d'un point de vue cinématographique, il propose des personnages attachants et crédibles.